vendredi 27 février 2015

"COMPLETE"MENT MOI!

Le sujet est peut être déjà aux oubliettes, effacé et remplacé par une autre journée mondiale de ceci ou de cela....

J'ai lu ici ou là des articles, récits, fables concernant l'excision. J'ai même du mal à écrire ce mot. J'ai eu du mal à aller au but du moindre article. J'ai eu mal, mal, mal.......

Un ami m'a envoyé son billet d'humeur, une histoire romancée et je n'ai pas pu aller au bout....
Je n'ai pu que la survoler.

L'histoire, la mienne, je l'ai apprise il y a peu, 15 jours avant la naissance de mon bébé. 15 jours de terreur et peut être les plus difficiles que j'ai eu à vivre.
Comment ai-je pu vivre pendant 38 longues années sans savoir, sans comprendre.

Ces questions ne méritent peut être pas de réponse mais je me demande tous les jours comment j'ai pu ignorer l'évidence.

J'ai eu maintes fois affaire au corps médical et j'avais déjà un enfant, et rien....aucun indice ou presque...

Ooh il y a bien eu quelques questions mais je n'ai pas pu imaginer un seul instant mes parents dans le rôle de l'exciseur.

Il y a des années de cela, je me souviens avoir entendu aux infos: Le procès de l'exciseuse malienne condamnée à X années de prison et de m'indigner: "BIEN FAIT SI CELA PEUT PERMETTRE D EN FINIR AVEC CETTE PRATIQUE"
Mes parents restaient impassibles, aucune réaction.

Je leur faisais confiance et je les croyais incapables de reproduire cette barbarie. Aujourd’hui, la confiance est rompue et rien, je crois, ne pourra apaiser cette colère qui est la mienne.

J'arrive bien à entendre qu'ils n'ont fait que reproduire ce qu'ils ont eux mêmes vécu . Ce que je ne cautionne ni ne pardonne sont ces 38 interminables années de mensonge.

Je sais qu'une part de moi a été supprimée et je n'en garde que les stigmates et un lointain souvenir, enfoui et presque inconscient puisque la macabre découpe a eu lieu avant 2 ans. La douleur demeure!

Je n'y pense pas tous les jours, c'est vrai! Et puis mes relations sentimentales n'en n'ont pas trop souffert.

Maintenant que ce secret a été révélé, c'est une autre histoire. Il faut vivre avec, vivre en me disant que je suis différente de la majorité et que je ne peux rien y faire.

Ça me donne l'impression d'appréhender ce qu'il y a de pire de cette culture africaine que je cherchais à découvrir et à apprivoiser.

J'ai la sensation que quiconque sera informé de ce détail qui fait la différence, me verra autrement:
La pauuuuuuuuuuuuvre! elle a subi l'excision! Je me passerais bien d'un tel signe distinctif.

Aujourd’hui j'essaie malgré tout d'avancer et je me dis que je n'ai pas à avoir honte. J'aimerais que celles qui ont eu à vivre l'excision puissent s'exprimer librement car elles ne sont responsables de rien.

Aujourd’hui je n'ai que peu de contacts avec mes parents et j'en suis pour le moment incapable.

Les analyses et autres bons conseils sur le pardon ou les excuses ne trouvent aucune grâce à mes yeux. Je me concentre alors sur cette famille que j'ai construite...mon conjoint et mes enfants.

Pas facile car la violence, elle, demeure. Elle est comme un monstre qui se nourrit de mon ressentiment. Elle dévore tout et j'ai du mal à la contrôler.

J'ai au moins la satisfaction de me dire que ce crime ne se perpétuera plus.. mes enfants sont indemnes. et puis mon dernier né.....MA FILLE!

ELLE NE SUBIRA JAMAIS TOUT CA!

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